A la rencontre de VINZ, artiste

Domaine de Saint Jean de Chépy

 Symposium 2010

 Afin de poursuivre le fil de mes rencontres avec les artistes du « Chant de sculptures » créé au Domaine de St Jean de Chépy (Isère), je vous invite fortement à la découverte de VINZ et de son univers…

 

  VINZ

 

http://www.spacejunk.tv/artistes.php?_Vinz=&mode=SJK&noArtiste=79&noLangue=2

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  •   Pourriez-vous me décrire l’œuvre actuellement en création au Domaine de Saint-Jean de Chépy, dans son double point de vue : matériel et symbolique?

En ce qui concerne les matériaux, il s’agit uniquement de pièces d’occasion. J’aime l’art de la récupération, « faire » les brocantes, les vide-greniers en quête d’objets réutilisables à des fins décoratives ou artistiques. Cette création concentre donc des éléments très hétéroclites (roues, horloges, pistons, différents objets en métal ou en fer), lesquels vont être assemblés les uns aux autres pour constituer une machine qui aide au fonctionnement de la vie terrestre. L’homme a fait des machines qui ont détruit la nature. Je veux créer une machine qui surgisse de la terre et qui fonctionne grâce aux éléments naturels (énergie solaire, eau, vent). Cette machine sera dotée de vertus bénéfiques envers la nature, laquelle représente sa mère nourricière. Elle deviendra soucieuse du cadre de vie et grâce à des mécanismes savants elle pourra sonder les profondeurs terrestres. Par exemple, des prises jacks enfoncées dans l’humus prennent de façon symbolique la température de la terre, des fils de fer viennent également soutenir comme des atèles un arbuste chétif et en pleine croissance. Plutôt que de saccager la nature, ma machine va permettre de fournir une assistance quasi médicale aux éléments. Comme si elle assurait elle-même le bon fonctionnement des cycles. On aboutit à un paradoxe: une machine qui sort de terre non pour détruire mais pour faire renaître une nature abîmée et annihilée par des décennies d’industrialisation et de machineries en tout genre.  La notion de temps s’avère également primordiale dans cette œuvre. Après l’assistance technique fournie aux  éléments terrestres, elle s’épuisera d’elle-même sous la force retrouvée des plantes, des cours d’eau et des minéraux. Elle sera recouverte peu à peu de mousse, de végétation, d’eau ruisselante… et deviendra à son tour annihilée par le pouvoir naturel. Au fil du temps, ma machine lentement disparaîtra devant une nature qui aura repris sa revanche et ses droits sur l’homme.

 

  •   Vous situez-vous dans une mouvance artistique particulière? Quel lien existe-t-il entre votre œuvre et la théorie du Land Art?

La récupération, la réutilisation d’objets m’attire et constitue l’essentiel de mon travail d’assemblages et de modelage (seulement!). J’aime travailler sur des petits modèles, je fabrique des lampes recyclées par exemple. J’aime travailler les perspectives et les volumes. A propos de cette création, je souhaitais absolument jouer sur les interactions entre les métaux et la nature. Dénoncer les menaces de l’homme et de l’industrialisation de masse pesant sur la nature tout en sous-entendant qu’avec le temps, c’est la nature qui aura le dernier mot sur l’homme. J’aime ces paradoxes et ces revirements de situation. Cette œuvre prenant forme sur la rivière parcourant le Domaine de Saint Jean de Chépy s’inscrit de fait dans un espace-temps aux évolutions aléatoires et imprévisibles.

 

  •      Quel est le moteur de votre inspiration? Revendiquez-vous des maîtres ou références esthétiques en particulier ?

Le fer m’inspire énormément. Hormis les lampes, j’ai construit également beaucoup d’insecte en fil de fer. Ma formation en dessin, peinture et graphisme m’a naturellement poussé vers le design. J’aime essayer d’associer l’utile  à l’agréable. Par ailleurs les jeux d’ombres et de lumières m’inspirent et convoquent en moi des soucis tant techniques (jeux de volumes et de perspectives) qu’esthétiques.

 

  •       Que vous inspire ce moment de résidence au Domaine de Saint-Jean de Chépy? Que pensez-vous des échanges techniques et esthétiques engagés au contact des autres artistes? 

Je retiens d’ores et déjà de cette résidence d’artistes, l’ambiance chaleureuse et la richesse des échanges entre les artistes. Loin des rivalités et des divergences qui pourraient émaner de générations différentes, ce Symposium crée les conditions propices au partage et à l’émulation. Le lieu est vraiment magnifique et la collection à l’intérieur du château m’a profondément touché. Grâce à ce Symposium 2010, les artistes ont la possibilité d’habiter les lieux et d’y laisser leur empreinte d’une manière fusionnelle avec la nature. Cette résidence permet de tisser des liens dans tous les sens du terme.

  •  Si un mot ou une expression pouvait caractériser l’œuvre en cours, quels seraient-ils?

Pour toutes les raisons évoquées précédemment, le mot qui me vient naturellement à l’esprit est OXYMORE. Je vous laisse ensuite en interpréter la signification telle que vous l’entendez.

 

 

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Propos recueillis par Magali Croset*

 Saint Jean de Chépy, août 2010

   

*nom civil de CALISTO, usité dans le cadre de la critique d’art et de ses recherches universitaires

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